Différencier les apprentissages avec le numérique

La quatrième conférence du cycle de conférences de consensus – Cnesco-Ifé/ENS de Lyon – porte sur le thème : « Différenciation pédagogique : comment adapter l’enseignement pour la réussite de tous les élèves ». Elle a pour objectif d’établir un dialogue entre des experts et des membres de la communauté éducative afin de faire des recommandations basées sur les résultats de la recherche, les connaissances scientifiques et les pratiques de terrain, nationales et internationales, concernant l’apprentissage de la numération dans l’école française.

En quelques mots

La différenciation est la prise en compte par les acteurs du système éducatif des caractéristiques individuelles (besoins, intérêts et motivations ; acquis, non acquis et difficultés ; modes d’apprentissage (style, rythme, pouvoir de concentration, engagement…) ; potentialités à exploiter… de chaque élève en vue de permettre à chacun d’eux de maîtriser les objectifs fondamentaux prescrits et de développer au mieux leurs potentialités, et de permettre au système éducatif d’être à la fois plus pertinent, efficace et équitable.

Selon la recherche, la différenciation peut porter sur des objets différents :

  • Différencier les contenus d’apprentissage : tous les élèves ne font pas la même chose au même moment (certains consolident des objectifs non maîtrisés et d’autres poursuivent une tâche en cours), le matériel mis à la disposition des élèves n’est pas le même pour tous (ex : proposer des textes différents sur un même sujet) dans le but de rendre accessibles à tous les savoirs visés.
  • Différencier les processus d’apprentissage : proposer des modalités d’apprentissage multiples. L’enseignant peut ainsi faire varier les outils mis à disposition des élèves (ex : contrat individuel, guide de production), les démarches (ex : démarche déductive/inductive, enseignement explicite), le degré de guidage (ex : guidage serré ou tâche réalisée en autonomie) ou encore le type d’organisation sociale (ex : travail individuel, groupes de travail homogènes/hétérogènes).
  • Différencier les productions/résultats : offrir aux élèves différentes options pour attester de leur progression (ex : autoriser un compte-rendu écrit ou un exposé oral en considérant les forces de chaque élève).
  • Différencier les environnements affectifs et physiques : en aménageant dans la classe des espaces pour travailler dans le calme ainsi que des espaces propices à la collaboration entre élèves, fournir des textes qui reflètent une variété de cultures et de modèles familiaux, établir des routines qui permettent aux élèves d’obtenir de l’aide.

Avec l’apparition des outils numériques, beaucoup d’attentes sur la capacité de ces outils à s’adapter à la diversité des apprenants ont émergé (Amadieu, Cnesco, 2017). L’utilisation des outils numériques pourrait être demain au cœur d’un enseignement davantage différencié. Mais la recherche montre que tous les outils numériques n’ont pas que des effets bénéfiques sur les apprentissages, voire dans certains cas engendrent des effets négatifs.

Avec le numérique, on répond (enfin) aux intelligences multiples !

Jean-Marc Monteil part du constant que notre Ecole a une modalité d’enseignement quasi unique : on s’adresse à un niveau relativement élevé ; on s’adresse à des compétences logico-mathématiques et aux compétences verbales des élèves « et nous n’avions, jusqu’alors, pas la possibilité de pouvoir répondre à des caractéristiques des individus comme les intelligences multiples ». Il donne l’exemple de certains enfants qui ont besoin de bouger en classe « pour avoir une activité cognitive efficace ». Aujourd’hui, « dans une classe telle qu’elle est formatée, si vous bougez trop, on vous met dans le couloir ».


Le psychologue américain Howard Gardner a défini 8 types d’intelligence (en se gardant de déclarer cette liste ferme et définitive). Il reconnaît les intelligences verbales et logico-mathématiques évaluées par les tests de QI mais il les place à égalité avec les autres. L’éducation devrait traiter chaque type d’intelligence à égalité afin que tous les enfants aient l’opportunité de développer leurs propres capacités et passions. Il définit l’intelligence comme :

« la capacité à résoudre des problèmes ou à produire des biens ayant une valeur dans un contexte culturel ou collectif précis. Les problèmes à résoudre vont de l’invention de la fin d’une histoire à l’anticipation d’un mat aux échecs, en passant par le raccommodage d’un édredon. Les biens vont des théories scientifiques aux compositions musicales en passant par les campagnes politiques victorieuses. »

En conclusion…

  • Le numérique est une aide à la différenciation. Il est un étayage possible, mais reste un moyen parmi d’autres. Il est un outil supplémentaire dans la panoplie de l’enseignant.
  • Croire que le numérique règlera tout est un leurre. En effet, le numérique a aussi ses dangers : la mécanisation, la standardisation de l’enseignement. Vouloir résoudre les difficultés d’un élève en l’isolant n’est pas la solution, pourtant certaines plateformes qui se veulent éducatives reproduisent les mêmes effets que les « teaching machines » de Skinner ; elles sont certes beaucoup plus attractives car elles font intervenir des avatars émotionnels et mettent en place des stratégies de ludification mais les effets n’en restent pas moins les mêmes : tâches simples répétitives scorées, face-à-face avec ses propres difficultés.
  • Le risque étant alors que chacun allant à son rythme, l’entité classe n’existe plus. Or, l’école doit rester ce lieu où l’on compose avec l’Autre, où l’on apprend à attendre, à patienter, à accélérer, à faire avec. L’individualisation des apprentissages ne doit pas être une dérive vers l’individualisme, vers le chacun pour soi. La classe doit rester le cœur, le centre névralgique de l’enseignement. Voilà pourquoi la remédiation par le numérique ne peut se passer d’une interaction humaine, avec les pairs ou l’enseignant.
  • On pourra s’appuyer sur les travaux de l’académie de Nantes et sur les ressources disciplinaires proposées pour essayer de comprendre avec des exemples de séquences pédagogiques.

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