Retours sur l’animation d’une formation de SVT dans la Class Lab du collège de Saône

Suite à la visite du CollègeLab Entre-Deux Velles de Saône en février 2019, j’ai souhaité y animer une formation de façon plus originale que de coutume.

Invité à concrétiser cela par la DANE et avec le soutien du principal du collège et de la DIFOR, j’ai donc pu concevoir et mettre en œuvre une formation de professeurs de SVT dans cette salle particulière début mai 2019.

 

Une construction de formation traditionnelle…

Animer une formation dans la Class Lab élargit le champ des possibles en tant que formateur, mais le contenu de formation doit tout de même répondre à des objectifs clairs et définis. Ici, il s’agissait de faire concevoir à une trentaine de collègues un escape game permettant de réviser les connaissances et compétences abordées en SVT en cycle 4 en vue du DNB et de l’orientation en 2nde.

La mise en œuvre de la formation a suivi un déroulé assez classique : questionnaire diagnostique envoyé en amont pour évaluer les besoins des stagiaires, des phases d’apports théoriques et de mise en activité lors d’une journée en présentiel, une finalisation du travail sur le temps personnel pour certains stagiaires et une mise en pratique en classe avec retour d’expérience par mail.

 

… mais des modalités amplifiées par la salle !

La particularité si l’on souhaite exploiter le potentiel de cette salle, c’est qu’il faut penser la séance autour des fonctionnalités propres à ce lieu. C’était bien là le défi à relever : sortir de sa zone de confort et imaginer une action de formation ne pouvant avoir lieu ailleurs sans l’équipement propre à la salle Lab. Habitué de prévoir des plans B et des documents de secours en cas de dysfonctionnement de tel ou tel élément, il a fallu ici oser faire le grand saut, faire confiance au matériel et aux stagiaires impliqués.

Après une phase de tâtonnement, les idées viennent et la quasi-totalité des ressources de la salle ont été mises à profit :

  • le mobilier mobile sur roulettes (chaises, tables, claustra) pour alterner rapidement les phases collectives en espace ouvert (temps d’apports et de synthèse) et les phases de travail en groupes isolés permettant à chaque équipe de créer son lieu et son ambiance (temps de création, de production) ;

 

  • les tablettes pour flasher un QR code renvoyant vers un document collaboratif pour constituer les groupes de travail, pour naviguer de manière individuelle ou en binôme sur Internet, pour prendre des photos et faire des montages multimédias simples ;
  • les tableaux blancs fixés aux murs pour faciliter le bouillonnement d’idées, pour construire et améliorer les énigmes à élaborer, pour servir de support de production collectif ;
  • le grand mur blanc effaçable pour construire progressivement le cheminement de l’escape game collectif, chaque groupe élaborant un chemin de l’organigramme. L’objectif était d’éviter les redondances entre les énigmes et d’avoir une vision globale de l’escape game tout au long de sa création ;
  • les deux grands écrans tactiles à roulettes pour consulter des ressources proposées par le formateur : diaporama sur les notions essentielles pour la 2nde , les différents types d’énigmes et des liens hypertextes vers des ressources en ligne ;

  • les 3 ordinateurs fixes pour les besoins en mise en page plus poussés et/ou plus intuitifs que sur les tablettes pour la plupart des stagiaires.

 

Le fond vert et la salle de montage n’ont pas été exploités par manque de temps pour former les collègues sur ces outils supplémentaires.

 

Retours d’expériences

Côté formateur

La conception de la formation a demandé de sortir des sentiers battus et de penser autrement le rapport aux ressources et la mise en activité des stagiaires. Le champ des possibles est d’autant plus grand que les supports et outils proposés pour travailler sont variés.

Les stagiaires ont exploité la totalité des ressources de manière très diverse selon les groupes. L’organisation dans l’espace est également intéressante à observer : certains stagiaires sont restés en cercles avec leurs chaises à roulettes, d’autres ont préféré la table haute pour travailler debout, certains se sont isolés dans les coins de la pièce, d’autres se sont placés autour d’un tableau blanc, etc. Chacun a ainsi pu personnaliser davantage la configuration de sa zone de travail pour qu’elle corresponde au mieux à ses besoins.

La dynamique instaurée par la mobilité du mobilier est très agréable et crée de courts temps de pauses bénéfiques à l’attention et à la productivité des stagiaires sur cette session longue. Ces moments pourtant propices aux échanges informels n’ont pas perturbé le bon déroulement de la journée et semblent plutôt avoir contribué à la bonne ambiance générale.

Le formateur peut alors alterner des étapes en collectif pour diffuser des consignes ou réaliser un débriefing (en s’appuyant par exemple sur le grand mur blanc et un écran tactile) et des étapes individuelles ou de groupes (en utilisant par exemple les tablettes, les petits tableaux blancs muraux, du papier, des ouvrages…). Sa posture évolue nécessairement et demande une réactivité plus poussée face aux sollicitations multiples des stagiaires, ce qui rend l’animation des temps en groupes plus riche pour lui aussi.

Il faut cependant garder en tête qu’animer une séance dans cette salle requière un temps d’appropriation des lieux, de projection des possibles dans cet espace et de prise en main des outils (logiciel des écrans tactiles, connexion au réseau…), mais aussi de prise en compte des limites (exploitation des écrans tactiles limités notamment, car reliés à un câble d’alimentation mural par exemple).

Il convient par ailleurs de prévoir un temps de distribution du matériel en début de séance et de rangement de celui-ci en fin de séance pour que l’ensemble s’effectue dans le calme.

L’observation des stagiaires en activité dans cette salle est riche d’enseignement quant à leur gestion de la liberté d’action et de choix dans l’organisation de l’espace et l’utilisation des ressources. L’élément le plus marquant reste l’impact de cette grande liberté sur leur productivité et leurs interactions. Ceci a certainement favorisé l’atteinte de l’objectif ambitieux de la formation : concevoir la structure et une grande partie du contenu d’un escape game de façon collaborative en quelques heures seulement.

Côté stagiaires

Suite à la formation, les stagiaires ont reçu un questionnaire anonyme de satisfaction duquel sont tirés les éléments présentés ci-dessous.

De manière unanime, ils ont apprécié l’exploitation de l’ensemble des outils de la salle et l’alternance entre moments collectifs cadrés et moments de travail en groupe avec une liberté d’action accrue.

La totalité des personnels formés aimerait refaire une formation dans cette salle et le taux de satisfaction global pour la formation dépasse les 95%.

Interrogés sur l’utilité du matériel mis à leur disposition, ils sont tous conquis par le grand mur blanc effaçable sur lequel écrire et par la possibilité de créer différents espaces permettant l’isolement lors du travail en groupe. De manière moins marquée, mais tout de même prégnante, ils trouvent utiles les deux grands écrans tactiles et les tablettes.

Ils sont enfin plus partagés sur la mobilité du matériel : les tables et claustra sur roulettes semblent les satisfaire, mais les chaises sont sujet à débat. Pratiques pour certains, elles sont encombrantes et possèdent des tablettes trop petites pour travailler correctement pour d’autres.

Plusieurs collègues déplorent l’absence d’ordinateurs portables pour produire et mettre en page plus facilement les documents ainsi que l’impossibilité de connecter son propre matériel informatique au réseau du collège.

Est également soulignée le manque d’une imprimante et d’une grande zone de vidéoprojection qui serait plus confortable que l’affichage sur les grands écrans tactiles.

Le bilan reste extrêmement positif chez les collègues ayant apprécié la multitude des supports et des ressources associées qui, répondant à la diversité des besoins, augmente la chance de mise au travail et favorise le travail collaboratif comme le souligne ces stagiaires :

« Les réponses correspondent aux besoins de notre groupe. Par exemple, nous n'avons pas utilisé les écrans tactiles, mais peut-être qu'un autre groupe en a eu besoin. »

« Les déplacements se font dans le calme (pas de bruit de chaises) et la diversité des zones d'écriture permet une bonne visualisation des synthèses de chaque groupe de travail. »

Plusieurs ont regretté ne pas avoir une telle salle dans leur établissement pour en faire profiter leurs élèves comme l’exprime ce (ou cette) collègue en parlant de la salle comme d’un « lieu original avec beaucoup de potentiel qui donne envie d'avoir ce même équipement ».

 

Une transposition possible pour les cours avec les élèves

Utilisée ici comme un lieu de formation, la majeure partie de ce qui a été décrit peut être transposée du formateur à l’enseignant et du stagiaire à l’élève. Cela nécessite que l’enseignant ose pas à pas exploiter les possibilités offertes par la salle et autorise davantage de liberté et d’autonomie à ces élèves.

Plusieurs contextes disciplinaires ou interdisciplinaires sont propices à l’exploitation d’un tel espace : séance de remobilisation des notions vues sur une thématique les années passées, temps de Devoirs faits, entrainements des élèves à l’oral de stage, séances d’EPI, d’AP, co-interventions…

On peut par exemple détailler davantage à quoi pourrait ressembler une séance de révision pour le DNB dans cette salle. Il devient plus facile dans cet espace de proposer des tâches variées aux élèves : des élèves tuteurs expliquant une notion ou réalisant un exercice avec un petit groupe d’élèves moins à l’aise, la création par les élèves d’applications ou de supports variés pour réviser sur les tablettes notamment, la construction collaborative d’un schéma bilan au tableau blanc, la rédaction de fiches de révisions (numérique ou non), la réalisation d’activités de révisions créées par l’enseignant de façon individuelle et autonome…

Élèves comme adultes ont beaucoup à gagner en ouvrant les espaces de travail et de formation à plus de liberté. Cette salle est un outil facilitant dont il convient de s’emparer pleinement pour en exploiter les possibles au service du développement professionnel des enseignants et des apprentissages de nos élèves.

Article de Nicolas Louisot, formateur académique en SVT et professeur de sciences de la vie et de la Terre au collège Lou Blazer à Montbéliard.

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